quarta-feira, 1 de abril de 2009

Juncker presse Merkel, Sarkozy et Brown de s'attaquer aux paradis fiscaux américains - Le Monde, fr - link (aqui)

Reuters/POOL: Jean-Claude Junker, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown, ChA l'Elysée, le 4 octobre 2008.

LEMONDE.FR | 01.04.09 | 10h53 • Mis à jour le 01.04.09 | 11h01

Bruxelles, correspondant

Jean-Claude Juncker, premier ministre chrétien démocrate du Luxembourg et président de l'Eurogroupe – qui regroupe les ministre des finances de la zone euro - a décidé d'exprimer à haute voix la mauvaise humeur qui est la sienne depuis que son pays a été décrit comme un paradis fiscal et invité à faire des concessions en matière de secret bancaire.

Mardi 31 mars, lors d'une audition devant la commission des affaires économiques du Parlement européen, il a invité "des courageux en Europe, ceux qui ont beaucoup insisté pour que les trois pays membres de l'UE pratiquant le secret bancaire l'abandonnent, fassent preuve du même courage à l'égard des Etats-Unis". Les trois pays en question sont le sien, l'Autriche et la Belgique. En évoquant les "courageux", il vise notamment Paris, Berlin et Londres, qui avaient évoqué le projet d'inscrire le Luxembourg sur une "liste noire".

M. Juncker avait déjà estimé que son pays était victime d'un mauvais procès et affirmé qu'il n'a jamais compris le lien établi entre la crise financière et le secret bancaire. Il avait, en outre, accusé le Royaume-Uni de "protéger les plus grandes fortunes d'Europe" à Jersey, Guernesey ou dans l'île de Man.

"Ces îles, nous dit-on, collaborent avec le Trésor britannique. C'est une très mauvaise blague !", affirme au Monde Jean-Jacques Rommes, président de l'Association des banquiers grand-ducaux. Luc Frieden, le ministre luxembourgeois du Trésor, surenchérit : "Certains pays européens répondent bel et bien à la définition de paradis fiscal et nous pouvons en fournir la liste".

"ARROGANCE ET CONDESCENDANCE PERTURBANTES"

Critiquant "la surenchère" à laquelle se livraient, selon lui, les "grands", M. Juncker avait donc stigmatisé leur "exagération" et "une arrogance et condescendance perturbantes". Il avait finalement, comme ses partenaires communautaires, mais aussi la Suisse et le Liechtenstein, lâché du lest et promis de respecter les critères de l'OCDE ainsi qu'une véritable coopération en cas de soupçon de fraude par un pays.

M. Juncker n'en garde pas moins une solide rancune, qu'il s'était promis d'exprimer avant l'ouverture du G20 – où il ne sera pas présent. Mardi, il a estimé que les Etats du Delaware, du Wyoming et du Nevada, ainsi que "des îles plus éloignées", étaient des paradis fiscaux américains. Le Delaware abrite des grosses fortunes et des sociétés cotées à New York. M. Juncker a dès lors demandé à Gordon Brown, premier ministre britannique, d'évoquer cette situation avec le président américain.

M. Juncker n'en est pas à son premier commentaire critique. Il y a quelques jours, il avait indiqué que l'Europe n'augmenterait pas le montant de ses plans de relance, comme l'avait demandé implicitement Barack Obama. A propos du sommet du G 20, le président de l'Eurogroupe plaidait pour une vraie réforme de l'architecture financière et estimait que cette réunion ne devrait pas "accoucher d'une souris".

Enfin, M. Juncker était de ceux qui – avec la France et l'Allemagne entre autres – ont exprimé récemment des doutes quant au projet de la présidence tchèque – soutenue notamment par les syndicats – d'organiser un sommet européen pour l'emploi, en mai. Cette réunion se limitera à une "troïka" - la Tchéquie et les deux Etats qui lui succèderont, à savoir la Suède et l'Espagne. "Il est très difficile de mettre les Européens d'accord entre eux, même sur les bonnes politiques de l'emploi", avait raillé le chef du gouvernement luxembourgeois.

Jean-Pierre Stroobants

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