RIO DE JANEIRO CORRESPONDANT
De mois en mois, les traînées de béton s'étirent lentement, telle une hydre, jusqu'au pied des abrupts qui offrent une vue imprenable sur la plage de Sao Conrado, au sud de Rio de Janeiro. Rien ne semble pouvoir arrêter l'extension de "la" Rocinha, comme on appelle familièrement la plus spectaculaire favela (bidonville) de la métropole, où vivent près de 100 000 personnes.
Pour tenter d'endiguer l'urbanisation sauvage qui gangrène les grandes villes du Brésil, les autorités s'efforcent d'inciter les habitants des favelas à les quitter. Cette politique a jusqu'à maintenant largement échoué, faute d'offrir aux familles un toit neuf, suffisamment attractif, bon marché et proche de leur lieu de travail.
Le président Luiz Inacio Lula da Silva paraît vouloir remédier à cet échec. Tenant tardivement une promesse faite en 2002, il a lancé, le mercredi 25 mars, le plus ambitieux programme de logement social depuis trente ans. Objectif : construire 1 million de petites maisons et d'appartements, respectivement de 35 m2 et 42 m2. Cette opération, baptisée "Ma maison, ma vie", associera l'Etat fédéral, qui lui affectera l'équivalent de 11 milliards d'euros, les Etats fédérés et les municipalités, qui dégageront les terrains et recevront les demandes, et le secteur privé, chargé de mettre en oeuvre la construction.
Le programme a pour principal mérite de cibler les plus pauvres : 40 % des logements seront réservés à des familles dont le revenu mensuel est inférieur à 465 euros, soit l'équivalent de trois fois le salaire minimum. En échange, elles verseront à l'Etat pendant dix ans une modeste somme ne pouvant excéder 10 % de leurs revenus. Les autres foyers bénéficiaires, appartenant à la classe moyenne, devront gagner moins de dix fois le salaire minimum. Ils bénéficieront d'un emprunt à taux faible.
LE PÉRIL DU CLIENTÉLISME
Le programme profitera surtout à deux régions, la plus pauvre, le Nord-Est, et la plus peuplée, le Sud-Est. Il concernera, pour l'essentiel, une centaine de capitales régionales et de villes de plus de 5 000 habitants. Au Brésil, le déficit de logements touche 7 millions de familles. Selon les prévisions de la Fondation Getulio Vargas, 27 millions de nouvelles familles auront besoin d'un toit d'ici à 2023.
A Rio, un habitant sur quatre vit dans l'une des quelque 700 favelas. "Contenir l'extension des favelas et améliorer leur urbanisme ne peut suffire. Il faut construire et beaucoup", souligne Jorge Bitar, chargé du logement à la municipalité.
L'annonce du président Lula, plutôt bien accueillie, n'est pas exempte d'arrière-pensées électorales. Un an avant le lancement de la campagne pour l'élection présidentielle de la fin 2010, elle ne peut qu'aider la probable candidate du Parti des travailleurs (PT, gauche) à la succession du chef de l'Etat, Dilma Rousseff.
Le président s'est d'ailleurs prudemment gardé de fixer un délai pour la réalisation de son programme. Plusieurs opérations similaires ont, au fil des décennies, manqué de loin leur objectif. Elles se sont enlisées dans la bureaucratie ou ont été dévoyées par le clientélisme.
Un autre obstacle, et non des moindres, tient au comportement des bénéficiaires potentiels. A Rocinha, Geralda Vieira, 45 ans, qui vit avec son mari et deux filles dans 20 m2, n'envisage en aucun cas de déménager : "Ma vie est ici, l'école des enfants aussi." Comme la plupart des habitants de cette favela sans cadastre, sa "maison" est dans une situation irrégulière. Geralda ne paie ni l'eau, ni l'électricité et ne veut pas se retrouver, ailleurs, "dans une cage à lapin".




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