Chercheurs manipulant des virus dans le laboratoire Jean Mérieux à Lyon. Le laboratoire a annoncé que ses équipes se «tenaient prêtes» en cas de pandémie de la variante humaine de la grippe A H1N1. Crédits photo : AFP01/05/2009 | Mise à jour : 13:17
Même s'il n'y a aucun cas confirmé pour l'instant, la grippe est certainement déjà présente sur le territoire, selon Roselyne Bachelot. Le gouvernement français a décidé hier d'activer «par précaution» l'avant-dernier échelon du plan national d'action.
C'est «par précaution» que le premier ministre François Fillon a annoncé jeudi soir le passage au niveau 5 du plan d'action d'urgence français face à l'épidémie de grippe porcine [désormais baptisée A (H1N1)], suivant ainsi les mesures décrétées dès mercredi soir par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Car l'agence onusienne, qui a recensé pour l'instant 263 cas dans le monde, redoute plus que jamais une pandémie grippale, «qualifiée d'imminente».
La grippe A (H1N1) «est très probablement en France même si nous n'avons pour l'instant aucun cas confirmé», a déclaré vendredi la ministre de la Santé Roselyne Bachelot sur Europe 1. «Il y a de très très fortes probabilités pour que ce le soit», a ajouté la ministre, précisant que la France comptait «une quarantaine de cas suspects où on pousse les études et puis quatre cas qui sont des cas véritablement plus confirmés» même si les analyses sont toujours en cours.
Au centre de gestion interministériel des crises à Asnière (Cogic), où elle a tenu une réunion interministériel , la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a souligné que le gouvernement anticipe «pour être prêt» en cas d'aggravation de la situation. Le Cogic a été activé jeudi depuis le passage au niveau 5 du plan d'action d'urgence français.
Au niveau 5, la gestion de la crise n'est plus seulement de nature sanitaire «mais doit mettre en oeuvre l'ensemble des forces du gouvernement», a-t-on expliqué au Cogic. Cela signifie «le prépositionnement sur l'ensemble du territoire national des stocks de masques, et d'antiviraux au cas où ils seraient nécessaires», a détaillé jeudi le premier ministre François Fillon. Cette phase 5 comprend également la mise en place «d'une cellule opérationnelle de coordination dans chaque département» et le lancement «d'une campagne d'information nationale dans les prochains jours». «Tous les passagers des vols en provenance du Mexique vont bénéficier d'un suivi», a précisé François Fillon. D'autres mesures sont susceptibles d'être prises, selon le plan d'action.
L'OMS avait décidé mercredi soir de déclencher la phase 5 d'alerte pandémique, sur une échelle de six niveaux, et appellé les pays à activer leur plan de préparation à la pandémie. Elle encourage à réduire les voyages ainsi que les rassemblements liés aux transports publics, mais ne recommande pas de restrictions officielles de déplacement vers les pays touchés. L'organisation estime ne pas disposer pour le moment «d'éléments laissant penser qu'il faut passer au niveau 6 d'alerte», ce qui signifierait que le monde est en proie à une pandémie. Selon l'agence onusienne, l'hémisphère sud est davantage exposé au virus de la grippe porcine en raison de l'arrivée de la saison hivernale, qui pourrait être propice à la propagation de la grippe.
41 cas suspects en France, dont cinq «très probables»
En France, une quarantaine de cas suspects, dont 26 en Ile-de-France, sont en cours d'investigation dans l'Hexagone. Cinq sont pour l'instant jugés «probables». Un de ces cas, situé à Toulouse, souffre de grippe de type A comme le H1N1, différent du virus de la grippe saisonnière. Deux autres sont moins avancés dans les tests et deux ont une probabilité renforcée par des contacts avec des personnes atteintes. On attend également les résultats d'analyse d'une fillette de 9 ans, vivant à Paris. De retour en France après un séjour au Mexique, elle a été hospitalisée d'urgence mercredi après avoir été victime d'un malaise dans son école du XVIIIe arrondissement.
Les USA achètent 13 millions de traitements antiviraux
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé vendredi 331 cas de grippe porcine dans le monde, comprenant notamment 109 cas aux Etats-Unis dont un mort, ainsi que 156 cas au Mexique dont 9 mortels.
Le Mexique, foyer d'origine du virus mutant H1N1, compte 156 cas confirmés, dont 9 mortels, selon les derniers chiffres de l'OMS vendredi. Le gouvernement de Felipe Calderon, accusé de n'avoir pas su réagir à temps face à l'épidémie , et qui peine à contenir l'épidémie, invite désormais les Mexicains à rester chez eux jusqu'au 5 mai.
La Banque interaméricaine de développement (BID) a annoncé jeudi soir débloquer 3 milliards de dollars pour le pays afin d'aider à lutter contre la grippe porcine et la crise économique.
Les Etats-Unis (109 cas confirmés) ont enregistré un premier décès sur leur sol : un enfant mexicain atteint qui était venu se faire soigné au Texas. Dans cet Etat comme en Californie, l'état d'urgence a été décrété. Quelque 300 écoles ont fermé jeudi dans plusieurs Etats sur les quelque 100.000 que compte le pays. Le président Obama a appelé ses compatriotes à la plus grande vigilance, leur conseillant de mettre la main devant la bouche lorsqu'ils toussent et de se laver les mains. Le porte-parole de Barack Obama, Robert Gibbs, a par ailleurs fait état jeudi d'un possible cas de grippe porcine dans la délégation ayant accompagné le président américain au Mexique en avril.
Les Etats-Unis vont acheter 13 millions de traitements antiviraux pour reconstituer leur stocks stratégiques et distribuer 400.000 de ces traitements au Mexique, épicentre de la grippe porcine, a annoncé jeudi soir la ministre de la Santé Kathleen Sebelius.
Toujours en Amérique du Nord, 34 cas avérés ont été découvert au Canada. Le Costa-Rica, avec deux malades, est le premier pays d'Amérique Centrale à être touché. Au Pérou, un premier cas décelé, a finalement été infirmé, et neuf autres cas sont suspects. Le Chili a placé 24 personnes sous surveillance, la Colombie 59 dont 10 «de manière très étroite». Au Brésil, 20 personnes sont en observation.
En Océanie, la Nouvelle-Zélande a recensé 3 cas confirmés et 13 «probables», pour un total de 136 cas suspects. Les autorités australiennes, qui enquêtent sur 114 cas, recherchent 22 de leurs ressortissants ayant emprunté le même vol que les Néo-zélandais contaminés.
Allemagne : une transmission à l'intérieur du pays
En Europe, l'Allemagne compte quatre cas avérés. Parmi eux, un cas de grippe porcine chez une infirmière qui ne s'est pas rendue au Mexique a été confirmé en vendredi, mais la malade a entretemps guéri. Deux cas suspects mais non confirmés sont toujours en cours d'analyse. La Grande-Bretagne compte huit cas confirmés et 76 cas suspects. L'Espagne compte désormais 13 cas confirmés, dont un malade contaminé alors qu'il n'avait pas voyagé au Mexique. Un premier cas humain a été confirmé en Suisse, 26 cas sont suspects au total dans huit cantons du pays. L'Autriche et les Pays-Bas ont également confirmés un cas. Des patients sont en observation au Danemark, en Suède, en Grèce, en République Tchèque, en Allemagne, en Italie, en Irlande, en France, en Suisse, en Belgique, en Pologne.
Au Proche-Orient, Israël a confirmé deux malades. Le continent africain est à son tour touché avec deux cas suspects en Afrique du Sud, chez des personnes de retour du Mexique.
En Asie, on compte un cas probable et 5 cas suspects en Corée du Sud, qui en recensait 9 mardi, et 4 à Hong-Kong.
La carte de la pandémie :
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