Les Japonais doivent s'attendre à du changement. A l'approche des élections du 30 août, les sondages donnent une forte avance au Parti démocrate du Japon (PDJ), l'adversaire du mouvement dirigeant le pays depuis cinquante-cinq ans. L'accession du PDJ au pouvoir signifierait que l'Etat cesserait d'investir l'argent public dans des grands travaux pour le distribuer aux individus. Cette politique ne stimulerait pas directement la croissance, mais elle favoriserait les importations et l'ouverture de l'économie. Le pari vaut d'être tenté, car le Parti libéral-démocrate (PLD) en place se trouve à court d'imagination.
Le PLD gouverne depuis 1954, à une brève parenthèse près entre 1993 et 1994. Il a tenu les rênes d'un pays qui a connu une formidable expansion jusqu'en 1990, mais qui stagne depuis. Il a toujours investi massivement dans les infrastructures et privilégié la grande entreprise au détriment du consommateur. Si Junichiro Koizumi s'est écarté avec succès de cette ligne entre 2001 et 2006, le courant auquel il appartenait a été défait dans la bataille interne qui a suivi son départ. Taro Aso, premier ministre depuis septembre 2008, a renoué avec la politique de dépense publique, ce qui fait que la dette nationale s'élève maintenant à plus de 180 % du produit intérieur brut (PIB).
Le PDJ est le fruit d'une fusion entre le Parti socialiste et des factions dissidentes du PLD. Il rassemble sous sa bannière les enseignants, les syndicats et les écologistes, mais aussi des partisans de la libre concurrence et de la grande consommation. C'est pourquoi il veut mettre fin aux relations privilégiées qui unissent les grandes entreprises du pays à l'Etat. Les investissements publics dans les infrastructures et dans la protection sociale des salariés des grands groupes sont donc sur la sellette.
Le programme du PDJ met l'accent sur le taux de natalité particulièrement bas du pays. Il propose de réagir en versant une allocation de 312 000 yens (3 320 dollars) par enfant en âge d'être scolarisé. D'autres pays ont expérimenté ce type de dispositif et vu la courbe des naissances se redresser.
Le PDJ prévoit aussi d'utiliser les 3 % du PIB consacrés aux infrastructures pour verser des aides directes aux particuliers et financer des mesures sociales. Une telle politique stimulerait la consommation et modifierait les équilibres entre secteurs : le bâtiment serait délaissé au profit des biens de consommation, en partie importés. Moyennant l'octroi de réductions fiscales aux petites entreprises, le programme du PDJ devrait rendre l'économie plus flexible et favoriser sa croissance.
En revanche, le Parti démocrate prend le risque d'entretenir un déficit budgétaire élevé. Mais après dix-neuf ans de stagnation, il ne serait pas étonnant que les Japonais optent pour le changement.
(Traduction de Christine Lahuec.)




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