terça-feira, 1 de março de 2011

Annie Girardot, une boule d'émotions - Le Figaro, fr - link (aqui)

Par Marie-Noëlle Tranchant

28/02/2011 | Mise à jour : 22:51


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L'actrice française en mai 1972, lors du festival de Cannes. Crédits photo: AFP

PORTRAIT - La maladie d'Alzheimer a emporté la star la plus populaire du cinéma français des années 1970, vedette de Mourir d'aimer et de Docteur Françoise Gailland.


«Tu as le plus beau tempérament dramatique de l'après-guerre», avait dit Jean Cocteau à la jeune Annie Girardot, au temps où elle jouait La Machine à écrire à la Comédie-Française. Elle a pourtant failli suivre une autre voie: avant d'entrer au Conservatoire, elle avait commencé des études d'infirmière, interrompues par des problèmes de santé. Née à Paris en 1931, elle était fille d'une sage-femme qui l'a élevée seule, et l'a souvent laissée seule: «Ma mère courait les routes sans arrêt. Je faisais tout à la maison. J'ai toujours su me débrouiller, même à 10 ans… Je ne compte que sur moi», a-t-elle dit. Un lien très fort l'unira toujours à cette mère à la fois absente et fortement présente.
Après trois ans au Français, de 1954 à 1957, elle choisit de se consacrer principalement au cinéma. André Hunebelle lui a donné son premier rôle à l'écran dans Treize à table (1956), comédie boulevardière. Elle enchaîne et devient vite une héroïne du ­cinéma populaire, avec son joli minois pointu surmonté d'une tignasse raide, ses yeux dorés et son émotivité gouail­leuse, quelque part entre Zazie et Gelsomina: L'Homme aux clefs d'or, Le rouge est mis, Maigret tend un piège… En 1960, Luchino Visconti, qui l'a dirigée au théâtre dans Deux sur la balançoire, l'emmène en Italie tourner Rocco et ses frères.


C'est là qu'elle rencontre l'acteur Renato Salvatori, qu'elle épouse en 1962 et dont elle a une fille, Giulia. Des années plus tard, elle révélera publiquement, mais pudiquement, dans une émission de Patrick Sabatier, les violences qu'il lui a fait subir. Elle en restera marquée pour toujours, moralement et physiquement: un jour, il lui a jeté un cendrier au visage, elle a dû se faire refaire les lèvres. Elle pardonne, continue d'aimer, mais finit par s'en aller.
Entre France et Italie, elle mène, dans les années 1960, une carrière « sans discernement», avec des films alimentaires autant qu'il en faut pour offrir ­généreusement la pasta qu'elle aime cuisiner: elle a un côté mamma, le geste nourricier. En elle, tout est tripes et cœur. Et aussi un côté môme, naïf et assoiffé, impulsif et vulnérable. Tout est désir, déception, ­bagarre, espoir.
On trouve aussi beaucoup de grands noms chez ses metteurs en scène: Alexandre Astruc (La Proie pour l'ombre, 1961), Mario Monicelli (Les Camarades, 1964), Roger Vadim (Le Vice et la Vertu, 1963), Marco Ferreri (Le Mari de la femme à barbe, 1964), Philippe de Broca (Un monsieur de compagnie, 1964), Marcel Carné (Trois chambres à Manhattan, 1965).
En 1967, Claude Lelouch la relance dans le circuit grand public avec l'excellent Vivre pour vivre. Suivent deux comédies insolentes, Erotissimo, de Gérard Pirès (1968), et Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais… elle cause!, de Michel Audiard (1969). Mais c'est André Cayatte qui lui offre son plus gros succès, en 1970, avec Mourir d'aimer, inspiré d'un fait divers. Elle y interprète Gabrielle Russier, enseignante qui a défrayé la chronique par sa liaison avec un de ses élèves. Elle émeut la France entière: «À partir de ce film, j'ai compris que le cinéma était quelque chose de grave lorsque les gens se sentent concernés par un personnage ou un événement.» Le mélodrame convient à merveille à sa sincérité, à son naturel, à son besoin d'amour, viscéral. C'est une star de la vie quotidienne: «D'ailleurs, la vie, le cinéma, je ne fais pas de différence. Je suis incapable de tenir des rôles qui ne correspondent pas à ce que je sens ou veux réellement. Je lutte assez dans ma vie personnelle pour être simple, directe, propre, et avoir avec les gens des rapports positifs. Je ne veux pas travailler en sens inverse au cinéma.»

Après La Gifle, elle retrouvera un personnage courageux et pathétique dans Docteur Françoise Gailland, de Jean-Louis Bertucelli, qui bouleverse les spectateurs et réjouit les producteurs: cette histoire d'une femme médecin qui se découvre atteinte d'un cancer bat des records d'entrées en 1976, et vaut à Annie ­Girardot le césar de la meilleure actrice. Est-ce la fin des années difficiles? Elle a 44 ans et une cinquantaine de films à son actif, dont une quantité acceptés «uniquement pour payer les factures». «Travailler, courir, payer, travailler, voilà ma vie pendant des années», confie-t-elle. Elle est chérie du public, mais son destin restera chaotique. Il lui reste des claques à prendre, des ruines à subir, qu'elle ensoleille de son goût de ­vivre: malgré tout, elle est toujours prête à repartir.

Contre vents et marées

En 1981, La vie continue, de Moshe Mizrahi, la réunit à sa fille, Giulia Salvatori, pour conter ensemble une histoire de deuil et de réconciliation avec l'existence. Puis, c'est avec son compagnon, Bob Decout, qu'elle travaille. L'amour se mêle toujours au métier. Leur spectacle au Casino de Paris, Revue et corrigée, en 1982, est un flop terrible. Le couple doit essuyer des critiques humiliantes, mais Annie, bravement, se bat pour que Bob Decout puisse réaliser ses films dont Adieu blaireau. Elle reste une amoureuse, contre vents et marées.


Une fois encore, le fidèle Lelouch la relance grâce aux Misérables, qui lui vaut un césar du second rôle en 1996. Elle en obtiendra un autre pour le dernier film qui lui a donné du courage et du bonheur, ces mots qui lui vont si bien, La Pianiste, de Michael ­Haneke. Quand elle y joue la mère d'Isabelle Huppert, en 2000, on la sait atteinte de la maladie d'Alzheimer. Longtemps, des rumeurs ont couru: on la disait alcoolique à cause de sa démarche hésitante, de ses trous de mémoire. Elle continuait vaillamment à interpréter en tournée sa pièce fétiche, soutenue par Giulia, qui a raconté son calvaire dans un livre plein de tendresse bouleversée, La Mémoire de ma mère (Michel Lafon).
Avec son tempérament à la fois volcanique et ­dépressif, c'était une fière croqueuse de vie. Elle trouvait, comme Madame Marguerite, que «la vie est une connerie», mais elle la prenait sans tricher. Personne ne l'a dit mieux qu'elle: «Je suis vraie, tellement vraie!»


Annie Girardot, «généreuse, impulsive, assoiffée d'amour»

À CHAUD - Jean-Luc Wachthausen, rédacteur en chef au service culture du «Figaro» réagit à la disparition de l'actrice française Annie Girardot.






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«Une femme chair de poule»Par lefigaro.fr

28/02/2011 | Mise à jour : 18:39

RÉACTIONS - De Claude Lelouch à Bertrand Blier, les plus grands noms du cinéma français saluent la mémoire d'Annie Girardot, une femme «attachante mais simple».

Le réalisateur Claude Lelouch a salué lundi après-midi la mémoire d'Annie Girardot, décédée le même jour à Paris. Celui qui l'a dirigé dans Les Misérables, un film qui valut à l'actrice le César du meilleur second rôle féminin en 1996, parle de son «plus beau souvenir de metteur en scène et d'homme». «C'était une femme parfaite aussi extraordinaire devant la caméra que derrière la caméra», a-t-il ajouté sur i-télé, «une femme chair de poule». «Peut-être la plus grande actrice du cinéma français de l'après-guerre», s'est-il interrogé.
Bertrand Blier s'est s'est souvenu avec émotion d'une personne «tellement drôle et douloureuse à la fois». «Les Français s'en souviennent comme d'une actrice qui avait joué dans beaucoup de comédies, elle avait pris un virage très populaire après Rocco et ses frères. Mais elle était pleine d'émotion et de souffrance. Elle craquait facilement, comme sur la scène des César». Le cinéaste, qui l'avait dirigée dans Merci la Vie en 1990 accomplissait un rêve de gosse. «Mais j'ai regretté de ne pas l'avoir contactée plus tôt, je pensais que je n'avais pas de rôle assez important pour elle. C'était une erreur».
Claude Pinoteau, qui l'a dirigée dans La Gifle, avec Lino Ventura, a évoqué sur BFM TV «une femme extrêmement attachante car simple». « Une comédienne rare car populaire et à la portée de tout le monde», a-t-il ajouté.
«Un peu comme Jeanne Moreau, ce sont des filles qui au départ n'étaient pas du tout destinées à jouer de premiers rôles et puis brusquement, à cause de leur talent et de leur persévérance, elles sont arrivées à devenir des stars à part entière», a souligné le réalisateur Jean-Pierre Mocky sur BFM TV.
Un autre réalisateur, Élie Chouraqui, a rappelé sur i-Télé que Girardot portait «énormément d'émotion en elle, quelque chose de bouleversant dans la voix, dans le regard. Quelque chose qui bouleversait le cœur».
Le réalisateur et metteur en scène Robert Hossein a rendu hommage sur RTL à «une colossale et magnifique actrice d'une générosité, d'une présence, d'un tempérament, d'une nature originale et vraiment extraordinaire». «Je retiendrai d'elle (...) quelqu'un qui avait un énorme caractère, une autorité terrible et une vie assez passionnée, assez tourmentée, quelqu'un d'extraordinairement attachant».

«La partenaire idéale»

L'actrice et chanteuse Line Renaud a salué «un monument du cinéma français, une immense actrice, très instinctive et toujours juste». «Depuis tant d'années, nous avions une grande complicité. En 1995, on avait tourné Les Filles du Lido. Depuis, on se surnommait «Les Gourdasses» en souvenir du tournage».
«Annie était une très, très grande, a réagi l'actrice Mireille Darc. Jouer avec elle était un éblouissement. Elle était étonnante. Elle aimait la vie. Annie était une femme de coeur et était généreuse. Pour moi, c'était plus qu'un modèle sur le plan artistique. Annie pouvait incarner tous les rôles».
«Je garde ce souvenir de la partenaire idéale, s'est rappelé Jean Rochefort sur BFM TV. Jouer avec elle était un régal. Vivre avec elle était un régal. C'était la copine, c'était mieux que l'amie, on pouvait comptait sur elle». «Son immense talent, et ça ça ne s'apprend pas, c'est que toutes les femmes s'identifiaient à elle», a-t-il ajouté. «Beaucoup de personnes n'ont pas été gentilles face à la fragilité de cette femme».

«Alliage de force et de sensibilité»

«Ce n'est pas seulement une des figures les plus inoubliables du cinéma français de ces cinquante dernières années qui nous quitte, mais une comédienne qui a rayonné dans l'Europe entière depuis son incarnation de Nadia, l'héroïne de Rocco et ses frères, sous la direction de Visconti», rappelle Nicolas Sarkozy dans un communiqué. «Elle avait mis l'alliage étonnant de force et de sensibilité qui caractérisait son immense talent au service d'oeuvres qui mettaient en valeur l'héroïsme ordinaire des classes populaires, ou celui des femmes confrontées aux défis quotidiens de la vie familiale et professionnelle», ajoute le chef de l'État. «Le dernier témoignage de cette générosité qui faisait d'Annie Girardot une des actrices les plus populaires de notre pays, elle l'a donné en acceptant d'être filmée pour un documentaire portant sur la maladie d'Alzheimer dont elle souffrait».
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a exprimé dans un communiqué sa «très vive émotion» face à la disparition d'Annie Girardot. «C'est un moment douloureux pour le cinéma qui perd l'une de ses grandes étoiles, mais aussi pour le public, avec qui elle entretenait une longue et chaleureuse complicité». Le ministre ne manque pas de saluer «l'admirable combat» qu'elle menait contre la maladie d'Alzheimer. «Elle a brûlé les planches comme elle a brûlé la vie : avec l'humanité et la profondeur dramatique qui plaisaient tant au public», conclut Frédéric Mitterrand.
(Avec agences)

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